Projet Afrik Rwanda 2007 | - Part 3

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La part de l’Afrique

Dimanche 7 octobre 2007

Aujourd’hui, samedi, jour de notre départ, je suis triste. Triste parce que je suis préoccupée par le sort de l’Afrique. Cette Afrique qui existe en dépit de tout et par elle-même. Ce continent isolé et éternel. Je n’ai parcouru que le plus petit pays d’Afrique et pourtant, j’ai l’impression de la sentir, d’en saisir le pouls.

Alors que l’image nord-américaine que l’on se fait de l’Afrique correspond davantage à celle de Vision Mondiale : famine, sécheresse, sida, enfants squelettiques, bidonvilles, camps de réfugiés, etc… la mienne, celle qui m’a marquée et séduite, se caractérise par un peuple accueillant, chaleureux et extraverti, par un paysage montagneux et verdoyant, par une jeunesse d’espoir qui aspire à s’épanouir.

Mais l’épanouissement de la population africaine passe par un développement économique durable, par la présence d’une infrastructure sanitaire fonctionnelle, par la création d’un réseau routier, par l’installation d’un système de communication qui sortira les villages de leur isolement, par une nouvelle génération d’hommes politiques qui auront la volonté de contribuer au développement de leur peuple et non de leur portefeuille personnel et par l’alphabétisation et l’éducation des milliers d’ethnies qui composent l’Afrique.

Un souhait bien loin de la réalité actuelle. Avec tout ce travail à faire, quel est le rôle que, nous, pays développés, devrions jouer pour aider l’Afrique ? Pourquoi l’Afrique n’est-elle pas partie prenante de la mondialisation alors que l’Amérique du Sud et l’Asie constituent les nouvelles main-d’oeuvres du commerce international ? Quelle est la place de ces hommes dans la grande famille humaine ? Quelle est la part que nous réservons à l’Afrique ? Démontrons-nous un réel élan de compassion envers ses pays ou pensons-nous encore uniquement à en tirer profit pour le bénéfice de notre propre pays ?

Grande oubliée du commerce international, l’Afrique souffre également d’un problème au niveau du commerce interne. Prenons l’industrie du vêtement en exemple. Alors qu’il y à peine vingt ans, le tissage et la fabrication de vêtements constituaient une industrie effervescente, aujourd’hui, l’importation de vêtements usés en provenance de l’Europe et de l’Amérique du Nord a tué ce marché, car les produits se vendent à meilleur prix que ceux en provenance du marché local.

Puis, tant que les situations politiques qui règnent dans plusieurs pays d’Afrique, tel que présentement au Darfour et au Congo, demeureront instables, voires conflictuelles ;

Tant que le vol, la corruption, la violence, les guerres civiles constitueront des modes de vie dans de nombreux pays et que la guerre des diamants continuera de tuer des milliers de personnes en Angola et en Sierre Leone ;

Tant que les warlords (ancien officier, ex-ministre, militant avide de pouvoir et d’argent) mèneront une véritable dictature, constituant des armées composées d’enfants affamés qui deviennent de véritables guerriers;

Tant que tout cela perdurera, les pays développés demeureront à l’écart de l’Afrique.

Malheureusement, à tout cela, je n’ai pas de réponses. Je n’ai pas de propositions qui tiennent la route. Chose certaine, nous devrons arrêter de marginaliser les pays d’Afrique et considérer leur potentiel économique et humain comme des atouts à l’échiquier mondial. Cette dure réalité qui frappe l’Afrique n’est pas unique, un cas isolé. Ce sont tous des problèmes qui se posent aussi ailleurs et qui se retrouvent également à nos portes. Chacun d’entre nous avons la responsabilité humaine d’avoir les yeux ouverts, de rester sensible aux besoins de ceux qui nous entourent et de contribuer, à notre façon, à éliminer la pauvreté et la misère que nous côtoyons à chaque jour. Le frère Gabriel, un homme qui a dédié sa vie à aider les autres est un modèle pour nous. Sa grande générosité, son dynamisme, sa grande sensibilité et son dévouement demeureront vivant à mon esprit, un exemple à suivre et aujourd’hui, me redonne un brin d’espoir.

À bientôt,

Julie

Qui a dit que les rêves ne se réalisaient pas !

Jeudi 4 octobre 2007

Avant mon départ pour le Rwanda, il m’arrivait souvent de me projeter dans l’avenir et de m’imaginer dans des situations qui me plongeraient au coeur de la générosité des africains. C’est ce qui m’est justement arrivé le 2 octobre dernier, jour de mon anniversaire (je franchissais une dizaine importante et rien ne m’avait prédestinée à la franchir au Rwanda). Je m’explique donc. Comme tous les matins à l’arrivée sur le chantier, nous avons eu notre mot de bienvenue et d’encouragement pour tous, à la petite différence que notre coordonnateur, Jean, a tenu à souligner que la journée était spéciale car c’était mon anniversaire. J’ai eu droit à une danse traditionnelle de femmes pygmées, rejointes par quelques ouvriers. La journée commençait fort, et ce n’était pas fini.

Tout au long de la journée, plusieurs de mes collègues rwandais se sont subtilement absentés. À chaque fois que je relevais la tête de mes blocs de ciment (eh oui, je suis très concentrée!), je découvrais un petit bouquet de fleurs cueillies je ne sais où aux alentours. Certains avaient même pensé à entourer la tige de feuilles de bananiers ou de paquets de cigarettes de la même façon que nous aurions utiliser du papier aluminium.

À la sortie des classes, quelques dizaines d’enfants ont entonné Joyeux anniversaire en français et en rwandais. Comme cadeau, ils m’ont appris à compter jusqu’à 26 dans leur langue. Je ne suis pas certaine de renouveler l’exercice à mon retour à Montréal…

Et je ne vous parle pas des surprises que m’ont réservée mes amis.

Voilà, je voulais partager avec vous un moment fort qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Lydie

Un peu de nouvelles

Jeudi 4 octobre 2007

Moramautsé,

Je prends quelques minutes pour vous donner des nouvelles du groupe puisque depuis deux jours nous ne vous avons pas écrit. La saison des pluies est commencée et nous recevons environ 30 minutes d’averses par jour. Le travail physique n’est pas facile sous la pluie et la température devient frisquette. Le travail au chantier progresse bien. Nous avons posé les fenêtres et la porte et la charpente est montée. Nous devrions débuter la toiture aujourd’hui.

Mardi, nous avons célébré l’anniversaire de Lydie. Elle a été bien fêter par nos amis rwandais qui lui ont chanté Joyeux anniversaire à maintes reprises sur le chantier, en plus de la combler de fleurs magnifiques.

Puis, hier soir, notre groupe a été accueilli à la maison de Bosco, notre coordonnateur. On ne s’ennuie pas du tout ici, mais nous pensons beaucoup à vous. Nous lire nous fait toujours le plus grand bien.

À bientôt du groupe,

Julie

Orphelines

Lundi 1 octobre 2007

1er octobre. Aujourd’hui, la température était pluvieuse et le temps triste. Certains d’entre nous tryions les pierres autour de l’amoncellement. Assise avec nous, Marie-Claire s’est mise à fredonner une douce mélodie qui traitait les tristes événements du génocide.

Ce magnifique chant décrit brièvement la situation difficile qu’on vécu les jeunes enfants orphelins après le génocide. Marie-Claire, une jeune Rwandaise agée d’à peine 17 ans a bien voulu partager avec Julie et moi cette mélodie à la fois si triste et en même temps, évocatrice d’espoir. Les paroles de cette chanson racontent l’histoire d’une jeune fille Rwandaise qui apprend la langue française à l’école. Son enseignant lui explique que connaître cette langue lui servira un jour pour s’ouvrir sur le monde extérieur. Malheureusement, la guerre survient et elle doit abandonner ses études. Elle deviendra une orpheline de la guerre qui devra vivre dans la rue en se prostituant pour survivre.
Puis, elle implore Dieu de mettre fin à son angoisse et de la guider.

Enfant-orpheline, chef de ménage et adolescente de la rue, Marie-Claire a été choisie parmi 500 jeunes de Vision Jeunesse Nouvelle de Gisenyi pour se sortir de la misère. Aujourd’hui, Marie-Claire apprend un métier. Elle terminera bientôt son cours de maçonnerie et pourra subvenir au besoin de ses frères et soeurs.

Isabelle

Finalement, on est tous pareils

Dimanche 30 septembre 2007

Lorsque l’on vient à la rencontre des gens en Afrique et particulièrement les enfants qui sont si nombreux, on a tendance à vouloir les gâter rien qu’à voir leurs grands yeux. C’est si facile de tendre des bonbons, des ballons ou même des bouteilles d’eau vides dont ils raffolent. Notre collègue Isabelle a bien essayé: ses gommes n’ont pas eu le résultat escompté et ont même été recrachées par les quelques chanceux qui y avaient goûté. Quand ce fut le tour des ballounes, ce fut presque l’émeute suivie d’éclatements qui ont été pris pour des coups de feu au grand désarroi des parents. Tout était pourtant parti d’une grande volonté de faire plaisir. On s’aperçoit toutefois au fil des jours que c’est plutôt notre présence qui a une valeur importante auprès de la communauté. On se voit, on se reconnaît, on se salue. L’esprit de partage et de solidarité qui règne sur le chantier n’a pas de prix. Les maçonniers déjà formés par Vision Jeunesse Nouvelle montrent la façon de faire aux apprentis. D’autres nous guident sur nos tâches à accomplir.

En définitive, même si la couleur et la langue nous distinguent, on constate que les rapports humains sont les mêmes. Aujourd’hui, on a pu taquiner Jean-Pierre sur son béguin pour Christine, on a réussi à savoir qu’Alfred avait deux garcons tout comme Ismael. Enfin, que nos collègues Damanesi et Jimmy finissaient leur journée de travail avec une bonne bière, tout comme nous avec notre Primus ou notre Mutzig.

Lydie et Isabelle

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