Aujourd’hui, samedi, jour de notre départ, je suis triste. Triste parce que je suis préoccupée par le sort de l’Afrique. Cette Afrique qui existe en dépit de tout et par elle-même. Ce continent isolé et éternel. Je n’ai parcouru que le plus petit pays d’Afrique et pourtant, j’ai l’impression de la sentir, d’en saisir le pouls.
Alors que l’image nord-américaine que l’on se fait de l’Afrique correspond davantage à celle de Vision Mondiale : famine, sécheresse, sida, enfants squelettiques, bidonvilles, camps de réfugiés, etc… la mienne, celle qui m’a marquée et séduite, se caractérise par un peuple accueillant, chaleureux et extraverti, par un paysage montagneux et verdoyant, par une jeunesse d’espoir qui aspire à s’épanouir.
Mais l’épanouissement de la population africaine passe par un développement économique durable, par la présence d’une infrastructure sanitaire fonctionnelle, par la création d’un réseau routier, par l’installation d’un système de communication qui sortira les villages de leur isolement, par une nouvelle génération d’hommes politiques qui auront la volonté de contribuer au développement de leur peuple et non de leur portefeuille personnel et par l’alphabétisation et l’éducation des milliers d’ethnies qui composent l’Afrique.
Un souhait bien loin de la réalité actuelle. Avec tout ce travail à faire, quel est le rôle que, nous, pays développés, devrions jouer pour aider l’Afrique ? Pourquoi l’Afrique n’est-elle pas partie prenante de la mondialisation alors que l’Amérique du Sud et l’Asie constituent les nouvelles main-d’oeuvres du commerce international ? Quelle est la place de ces hommes dans la grande famille humaine ? Quelle est la part que nous réservons à l’Afrique ? Démontrons-nous un réel élan de compassion envers ses pays ou pensons-nous encore uniquement à en tirer profit pour le bénéfice de notre propre pays ?
Grande oubliée du commerce international, l’Afrique souffre également d’un problème au niveau du commerce interne. Prenons l’industrie du vêtement en exemple. Alors qu’il y à peine vingt ans, le tissage et la fabrication de vêtements constituaient une industrie effervescente, aujourd’hui, l’importation de vêtements usés en provenance de l’Europe et de l’Amérique du Nord a tué ce marché, car les produits se vendent à meilleur prix que ceux en provenance du marché local.
Puis, tant que les situations politiques qui règnent dans plusieurs pays d’Afrique, tel que présentement au Darfour et au Congo, demeureront instables, voires conflictuelles ;
Tant que le vol, la corruption, la violence, les guerres civiles constitueront des modes de vie dans de nombreux pays et que la guerre des diamants continuera de tuer des milliers de personnes en Angola et en Sierre Leone ;
Tant que les warlords (ancien officier, ex-ministre, militant avide de pouvoir et d’argent) mèneront une véritable dictature, constituant des armées composées d’enfants affamés qui deviennent de véritables guerriers;
Tant que tout cela perdurera, les pays développés demeureront à l’écart de l’Afrique.
Malheureusement, à tout cela, je n’ai pas de réponses. Je n’ai pas de propositions qui tiennent la route. Chose certaine, nous devrons arrêter de marginaliser les pays d’Afrique et considérer leur potentiel économique et humain comme des atouts à l’échiquier mondial. Cette dure réalité qui frappe l’Afrique n’est pas unique, un cas isolé. Ce sont tous des problèmes qui se posent aussi ailleurs et qui se retrouvent également à nos portes. Chacun d’entre nous avons la responsabilité humaine d’avoir les yeux ouverts, de rester sensible aux besoins de ceux qui nous entourent et de contribuer, à notre façon, à éliminer la pauvreté et la misère que nous côtoyons à chaque jour. Le frère Gabriel, un homme qui a dédié sa vie à aider les autres est un modèle pour nous. Sa grande générosité, son dynamisme, sa grande sensibilité et son dévouement demeureront vivant à mon esprit, un exemple à suivre et aujourd’hui, me redonne un brin d’espoir.
À bientôt,
Julie
